Les femmes font les hommes.
Le passage suivant du comte J. de Maistre explique très bien le sens moral de ce proverbe : « Faire des enfants, ce n’est que de la peine. Mais le grand honneur est de faire des hommes, et c’est là ce que les femmes font mieux que nous. Croyez-vous, messieurs de l’Académie, que j’aurais beaucoup d’obligations à ma femme si elle avait composé un roman, au lieu de faire un fils? Mais, faire un fils, ce n’est pas le mettre au monde et le poser dans un berceau, c’est faire un brave jeune homme qui croit en Dieu et qui n’a pas peur du canon. Le mérite de la femme est de régler sa maison, de rendre son mari heureux, de le consoler, de l’encourager et d’élever ses enfants, c’est-à-dire de faire des hommes. Voilà le grand accouchement qui n’a pas été maudit comme l’autre. C’est sur leurs genoux que se forme ce qu’il y a de plus excellent dans le monde : un honnête homme et une honnête femme. »
Il y a un mot de Napoléon Ier, non moins remarquable dans sa brièveté que l’est dans son étendue le morceau précédent : « L’avenir des enfants est l’ouvrage des mères. »
Sans les femmes les hommes seraient des ours mal léchés.
Si les hommes ne vivaient qu’avec d’autres hommes, ils ne seraient pas seulement malheureux, mais grossiers, rudes, intraitables, et nous voyons que ceux qui, dans le monde, restent isolés du commerce des femmes ont généralement un caractère disgracieux et même brutal. Ce sont donc elles, on n’en saurait douter, qui préviennent ou corrigent de tels défauts et y substituent des qualités aimables, délicates, dont le principe est dans leur douce nature. Le plus rustre se polit et s’humanise auprès de ces enchanteresses; transformé par leur merveilleuse influence, il devient un être charmant. C’est la métamorphose de l’âne de Lucien ou d’Apulée. Cet animal est changé en homme après avoir brouté des roses.
L’expression proverbiale ours mal léché, par laquelle on désigne un individu mal fait et grossier, est venue d’une opinion erronée des naturalistes du moyen âge qui croyaient, sur la foi d’Aristote et de Pline, que les oursons naissaient informes et que leur mère corrigeait ce défaut à force de les lécher; ce qu’elle ne fait que pour les dégager des membranes dont ils sont enveloppés en naissant.
La femme est le savon de l’homme.
La femme nettoie l’homme de bien des défauts : elle le corrige de ses instincts grossiers et le décore d’une foule de qualités aimables, dans cet âge surtout où il est porté, par le plus doux des penchants, à lui offrir les prémices de son cœur. C’est elle dont l’heureuse influence l’initie aux manières polies, aux mœurs courtoises, et fait prendre quelquefois à son caractère sa forme la plus épurée. Tel qui se distingue par l’élévation de ses sentiments n’aurait peut-être jamais eu qu’une âme commune, si le désir de plaire aux femmes n’avait éveillé son amour propre et ne lui avait donné ce relief de noblesse et d’urbanité qui manifeste, en traits charmants comme elles, le merveilleux changement qu’elles ont opéré dans sa nature. Voir le proverbe : Sans les femmes, les hommes seraient des ours mal léchés
On dit quelquefois dans le même sens : la femme est une savonnette à vilain ; ce qui est une extension donnée à l’expression savonnette à vilain, par laquelle on désignait, avant la révolution de 1789, une charge qui anoblissait et qui lavait, pour ainsi dire, de la roture celui à qui elle était concédée à prix d’argent. Il y avait alors en France une quantité considérable de ces vilains décrassés.
Dites une fois à une femme qu’elle est jolie, le diable le lui répétera dix fois par jour.
Parce que le diable sait que, pour se rendre maître de l’esprit des femmes, il n’y a pas de meilleur moyen que de chatouiller leur vanité. Comme elle est en quelque sorte le premier de leurs sentiments, comme elle se mêle à tous ceux qu’elles éprouvent, elle ne manque guère, aussitôt qu’elle est mise en jeu par la louange habilement maniée, de les entraîner dans les piéges où le grand séducteur les attend. Les filles d’Eve ne résistent pas mieux que leur mère aux illusions décevantes de la flatterie, et, si l’on consultait la liste infinie des victimes de la séduction, on verrait que presque toutes ont été perdues par la flatterie, plus encore que par l’amour.
Il n’y a de femme chaste que celle qui ne trouve pas d’amant.
C’est ce qu’a dit Ovide dans le premier livre des Amours ; élégie VIII
L’auteur des Lettres persanes a reproduit la même idée en ces termes : «Il est des femmes vertueuses ; mais elles sont si laides, si laides, qu’il faudrait être un saint pour ne pas haïr la vertu. » Jehan de Meung, dans le Roman de la Rose, a exprimé la chose d’une manière plus énergique. Quelques poètes licencieux l’ont répétée avec un cynisme révoltant. Enfin il s’est rencontré des écrivains privés de tout sens moral, qui, prenant au sérieux ce que les autres n’avaient avancé que par jeu ou débauche d’esprit, ont osé développer, dans des pages sans raison comme sans pudeur, cette abominable opinion des Esséniens : qu’il est impossible à toute femme d’être chaste et fidèle.
Une femme est comme votre ombre; suivez-la, elle fuit; fuyez-la, elle suit.
Cette comparaison proverbiale a été attribuée à Chamfort, parce qu’elle se trouve dans le recueil des pensées de cet ingénieux écrivain. Mais elle existait longtemps avant lui, non-seulement chez nous, mais chez d’autres peuples. Le poète arabe Zehir, qui, sans nul doute, ne l’a pas plus inventée que l’auteur français, en a fait l’application à la femme coquette, à qui elle convient mieux qu’à toute autre femme; car c’est un vrai manège de coquetterie dont l’image y frappe, en quelque sorte, la vue non moins que l’esprit. « La coquette, dit-il, ressemble à l’ombre qui marche avec vous : si vous courez après, elle vous fuit; si vous la fuyez, elle vous suit. »
La même idée a été plusieurs fois exprimée en assimilant la femme à tel ou tel objet qu’on a jugé propre à la représenter. Voici une de ces similitudes qu’il me souvient d’avoir trouvée dans une pièce du théâtre italien de Gherardi :
A des soldats poltrons je compare les belles :
On les fait fuir en courant après elles,
On les attire en les fuyant.
La femme est un être qui s’habille, babille et se déshabille.
C’est-à-dire que les trois choses principales auxquelles la femme consacre toute sa journée sont la toilette, la causerie et le sommeil, car elle ne quitte guère ses atours que pour se mettre dans son lit, où elle a grand besoin de se délasser, après tant d’heures si activement employées à se parer et à donner de l’exercice à sa langue. Mais le triple penchant attribué à la femme ne lui appartient pas exclusivement. L’essence de cette nature féminine s’est si bien infusée dans le caractère de certains hommes, qu’on n’y découvre presque plus rien de viril, et notre jeu de mots proverbial s’applique aussi avec raison à tout individu de cette espèce ridicule qui semble avoir abdiqué les occupations sérieuses du sexe masculin pour copier sottement les usages frivoles de l’autre sexe.
La femme a été faite pour l’homme, et non l’homme pour la femme.
C’est ce qu’a dit saint Paul dans sa première épître aux Corinthiens et ses paroles sont passées en proverbe pour signifier que la femme doit être soumise à l’autorité de son mari. Mais l’Apôtre n’a point entendu que cette autorité pût être arbitraire et tyrannique, puisqu’il a dit aussi, au chapitre de la même épître, que, si la femme appartient au mari, de même le mari appartient à la femme, et que tous deux ont des devoirs à remplir l’un envers l’autre.
C’est de l’observation de ces devoirs, réciproques et conformes à la nature de chacun des époux, que dépendent et le bonheur de leur union et le succès dela mission sociale qu’ils ont à poursuivre ensemble. Et qu’on ne s’imagine pas que l’action de l’homme, pour atteindre ce double but, soit supérieure à celle de sa compagne. On pourrait plutôt démontrer que celle-ci l’emporte sur lui, si l’on comparait les avantages qui proviennent de leurs rôles respectifs. Mais il ne serait pas rationnel d’attribuer, d’après ces avantages particuliers, la prééminence à l’un des collaborateurs dans une œuvre qui est également due à tous deux, et qui ne peut être accomplie qu’au moyen de l’entente parfaite et des soins bien combinés de l’un et de l’autre. Admettons donc qu’il y a parité de valeur entre eux dans leur coopération, en reconnaissant toutefois que cette valeur résulte de qualités différentes; car chaque sexe a les siennes propres, et l’on ne saurait voir dans l’homme et la femme que des rapports et des différences, ainsi que l’a remarqué J. J. Rousseau, dont le passage suivant revient au sujet que je traite.
« La raison des femmes est une raison pratique qui leur fait trouver très habilement les moyens d’arriver à une fin connue, mais qui ne leur fait pas trouver cette fin. La relation sociale des sexes est admirable. De cette société résulte une personne morale dont la femme est l’œil et l’homme le bras, mais avec une telle dépendance l’une de l’autre, que c’est de l’homme que la femme apprend ce qu’il faut voir, et de la femme que l’homme apprend ce qu’il faut faire. Si la femme pouvait remonter aussi bien que l’homme aux principes, et que l’homme eût aussi bien qu’elle l’esprit des détails, toujours indépendants l’un de l’autre, ils vivraient dans une discorde éternelle, et leur société ne pourrait subsister; mais, dans l’harmonie qui règne entre eux, tout tend à la fin commune; on ne sait lequel met le plus du sien, chacun suit l’impulsion de l’autre, chacun obéit, et tous deux sont les maîtres. » (Emile, liv. V.)
Qui sa femme n’honore,
Lui-même se déshonore.
Il faut avoir pour sa femme une tendresse décente et respectueuse, une considération bienveillante et soutenue; car l’honneur d’une femme est, en grande partie, l’ouvrage de son mari; et celui qui, violant ces devoirs, fait déchoir la sienne du rang moral qu’elle doit occuper, se flétrit et se dégrade lui-même.
On emploie dans un sens analogue cet autre proverbe beaucoup plus usité : C’est un vilain oiseau que celui qui salit son nid.
Une femme et un almanach ne valent que pour une année.
Une femme avait un mari qui passait tout son temps dans sa bibliothèque; elle alla l’y trouver, un jour, et lui dit : « Monsieur, je voudrais bien être un livre. — Pourquoi donc, madame? — Parce que vous êtes toujours après. — Je le voudrais bien aussi, répliqua-t-il, pourvu que ce fût un almanach dont on change chaque année. » C’est de cette repartie maritale que les parémiographes font dériver le proverbe. Cet usage, consacré par le droit coutumier de certains pays, permettait de prendre les femmes à l’essai pendant un an. On en usait ainsi chez les Basques, comme nous l’apprend Jean d’Arérac dans son livre intitulé : Pandectes ou Digeste du droit romain en français (ch. vi de la loy De quibus). La même chose avait lieu dans les Hébrides et autres îles (Martin s Hebrides, etc.). Elle existait encore, dans le pays de Galles, à la fin du siècle dernier, si l’on en croit un article du Moniteur de l’an IX. On lit dans cet article : « Chez les Gallois, on distingue deux sortes de mariages, le grand et le petit. Le petit n’est autre chose qu’un essai que les futurs font l’un de l’autre. Si cet essai répond à leurs espérances, les parents sont pris à témoin du désir que forment les candidats de s’épouser. Si l’essai ne répond pas à l’idée qu’ils avaient conçue, les époux se séparent, et la jeune fille n’en éprouve pas plus de difficultés pour trouver un mari. »
On sait que Platon, dans sa République, substituait aux mariages des unions temporaires.
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Les citations et proverbes d'amour rassemblés ici apportent un regard différent sur nos relations amoureuses ou tout simplement un joli message romantique et touchant pour l'être aimé.