Un homme mort n’a ni parents ni amis

Un homme mort n’a ni parents ni amis.

Ce proverbe se trouve dans le sirvente que Richard Cœur-de-Lion, roi d’Angleterre, composa pendant sa captivité en Autriche. La meilleure explication qu’on en puisse donner est dans le passage suivant du discours du père Aubry à Atala : Que parlez-vous de la puissance des amitiés de la terre? Voulez-vous, ma chère fille, en connaître l’étendue? Si un homme revenait à la lumière quelques années après sa mort, je doute qu’il fût reçu avec joie par ceux-là même qui ont donné le plus de larmes à sa mémoire ; tant on forme vite d’autres liaisons, tant on prend facilement d’autres habitudes, tant l’inconstance est naturelle à l’homme, tant notre vie est peu de chose, même dans le cœur de nos amis I »

Les vers suivants, extraits d’une pièce charmante de M. V. Hugo, A un Vogageur, reviennent aussi au proverbe et sont dignes de figurer à côté du beau passage de Chateaubriand. Je dirai plus, car la justice l’exige, c’est qu’ils lui sont supérieurs par le charme et l’originalité de leur expression poétique.

Combien vivent joyeux qui devraient, sœurs ou frères.
Faire un pleur éternel de quelques ombres chères !

Pouvoir des ans vainqueurs !

Les morts durent bien peu ; laissons-les sous la pierre.
Hélas! dans leur cercueil, ils tombent en poussière,

Moins vite qu’en nos cœurs.

Voyageur ! voyageur ! quelle est notre folie?

Qui sait combien de morts chaque jour on oublie,

Des plus chers, des plus beaux !
Qui peut savoir combien toute douleur s’èmousse
Et combien, sur la terre, un jour d’herbe qui pousse

Efface de tombeaux !

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