Qui s’aime trop n’est aimé de personne

Qui s’aime trop n’est aimé de personne.

« Quiconque n’aime que soi-même, uniquement occupé de sa propre volonté et de son plaisir, n’est plus soumis à la volonté de Dieu; et, demeurant incapable d’être touché des intérêts d’autrui, il est non-seulement rebelle à Dieu, mais encore insociable, intraitable, injuste et déraisonnable envers les autres, et veut que tout serve non-seulement à ses intérêts, mais encore à ses caprices. »

(Bossuet, de la Concupiscence, xi.)

« L’expérience confirme que la mollesse et l’indulgence pour soi et la dureté pour les autres n’est qu’un seul et même vice. »

(La Bruyère, ch. iv, du Cœur.)

Ce proverbe existait chez les Grecs et chez les Latins qui l’avaient traduit du grec en ces termes

« Beaucoup te haïront, si tu t’aimes toi même. »

Nous disons encore : Qui s’aime trop s’aime sans rival, ce qui est pris de ces paroles de Cicéron : Se ipse amat sine rivali (lib. III, epist. Mu, ad Quintum fratrem), paroles qu’Horace a répétées dans le vers 444 de l’Art poétique :

Quin sine rivali teque et tua soins amures.

On connaît ce vers de La Fontaine, livre I, fable ix : Un homme qui s’aimait sans avoir de rivaux

Aime-moi un peu, mais continue.

Pour dire qu’on préfère une affection modérée mais durable à une affection excessive qui est sujette à passer promptement. Un autre proverbe, considérant la modération comme conservatrice de l’amitié, conseille de s’aimer peu à la fois, afin de s’aimer longtemps. Ce conseil ne signifie point sans doute qu’il faille amortir la vivacité d’un sentiment qui n’est presque jamais trop vif, car ce serait l’apparenter avec l’indifférence, mais qu’il est bon d’en réprimer les manifestations outrées et les susceptibilités hargneuses qui sont toujours de trop.

Montesquieu disait aux amis tyranniques et avantageux qui font trouver dans l’amitié tous les orages de l’amour : « Souvenez-vous que l’amour a des dédommagements que l’amitié n’a pas. »

Les deux proverbes que je viens d’interpréter comme spécialement applicables à l’amitié, ont été quelquefois appliqués à l’amour; mais on sent que cette application ne saurait convenir à l’amour qu’autant qu’on le fait consister dans ces liaisons communes, étrangères au sentiment passionné qui est son vrai caractère. N’est-ce pas être froidement amoureux que de souhaiter pour son repos que l’objet dont on est aimé n’ait qu’un amour modéré ?

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