La table est l’entremetteuse de l’amitié

La table est l’entremetteuse de l’amitié. On dit aussi : La table fait les amis, parce que les épanchements auxquels on se livre en mangeant ensemble établissent des rapports d’une intimité bienveillante, qui dissipent les préventions haineuses et donnent naissance à l’amitié, ou en resserrent plus étroitement les doux liens. Minos et Lycurgue avaient reconnu cette vérité lorsqu’ils fondèrent des repas de confraternité, et Aristée regardait comme contraire à la sociabilité la coutume des Égyptiens, qui mangeaient séparément sans avoir jamais de festins communs. Il y eut au commencement de la Révolution française des banquets fraternels qui se faisaient, le soir, dans les rues, sur les places, dans les jardins et les édifices publics. Les citoyens des divers états s’y rendaient, apportant chacun son mets, son pain, son vin, son cidre ou sa bière, dont leurs voisins, moins bien pourvus, recevaient d’ordinaire une part offerte avec bienveillance. Cette commensalité propre à concilier les prolétaires, les ouvriers et les bourgeois, en écartant les soupçons, les défiances et les inimitiés qui les divisaient, semblait devoir produire des résultas heureux ; mais la Convention la jugea dangereuse pour la République, et elle la proscrivit,après un fameux rapport de Barrère, qui signalait dans un tel rapprochement des riches et des pauvres l’alliance monstrueuse des serpents et des colombes.

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