La femme est la moitié de l’homme

La femme est la moitié de l’homme.

L’homme et la femme seraient incomplets l’un sans l’autre. Chacun d’eux ne forme qu’une moitié de l’être humain, dont l’intégralité ne peut résulter que de leur intime union. C’est une vérité morale aussi vieille que le monde et universellement répandue. Elle remonte à notre premier père, s’écriant, dans la joie de son cœur, à la vue de l’aimable compagne que Dieu lui présentait : « voilà l’os de mes os, et la chair de ma chair. Elle s’appellera d’un nom qui marque l’homme, parce qu’elle a été prise de l’homme. — C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère, et s’attachera à sa femme; et ils seront deux dans une seule chair. » (Genèse)

Cette dualité conjugale, ineffable félicité de l’Éden, a été fort bien figurée par de la théogonie indoue, et par d’autres symboles analogues qu’il ne me parait pas convenable d’expliquer ici, ni même de désigner nominativement.

Le plus ingénieux de tous, sans contredit, et celui qu’on trouve dans banquet de Platon. Suivant ce philosophe, l’homme et la femme ne faisaient originairement qu’une même personne qu’il nomme androgyne (homme-femme). Cette créature bissexuelle était si parfaite et si heureuse, qu’elle excita la jalousie des dieux et des déesses. Par leur ordre, Apollon la divisa en deux corps, et Mercure arrangea dans ces corps les formes extérieures de leur individualité qui avaient été un peu endommagées pendant l’opération du dédoublement. Depuis lors, les moitiés disjointes ont une tendance invincible à se rapprocher pour reconstituer l’androgyne. On les voit partout y travailler de toute leur ardeur et de tous leurs efforts. Mais, hélas ! elles ne sauraient y parvenir, à moins d’un très-grand miracle. Tristes jouets d’une continuelle méprise, elles sont à peu près comme ces enfants, changés en nourrice, qui prennent une parenté de hasard à la place de la parenté de nature. Des moitiés étrangères viennent presque toujours se substituer à celles qui furent créées l’une pour l’autre. Le sort ennemi, afin d’empêcher ces dernières de se rejoindre, ne leur permet pas de se reconnaître, les fait errer comme ces ombres de Dante, qui vont sans jamais s’arrêter, et les tient souvent séparées par des distances incommensurables.

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