La femme de César ne doit pas même être soupçonnée

La femme de César ne doit pas même être soupçonnée.

Les dames romaines avaient pour Isis, ou plutôt pour Fauna, leur divinité spéciale, qu’elles appelaient la bonne déesse, un culte fervent et plein de mystères que les érudits n’ont pas su bien éclaircir. Elles en célébraient solennellement la fête avec les Vestales dans la maison du consul ou du préteur, sous la présidence de la femme de ce magistrat, lequel était obligé de rester absent de chez lui pendant la durée, de cette fête, car aucun homme ne pouvait y être admis. L’année où Pompeia, troisième épouse de J. César, se trouva investie de cet important ministère, Clodius, ce lovelace romain, qui était d’intelligence avec elle, à ce qu’on suppose, voulut la voir dans l’appareil de ses fonctions pontificales, et il se glissa déguisé en joueuse d’instruments parmi les dévotes qui se rendaient à la cérémonie. Une esclave, nommée Abra par Plutarque et Séprulla par Cicéron, avait été mise dans la confidence. Elle le cacha et lui promit de lui amener sa maîtresse. Mais, retenue auprès d’Aurélia, mère de César, cette esclave le fil tant attendre, que, perdant patience, il sortit de sa cachette pour l’appeler et fut reconnu : afin d’éviter les regards qui se portaient sur sa personne, il se hâta de revenir sur ses pas, espérant que la chose n’aurait pas des suites. Cependant les matrones averties le cherchèrent de chambre en chambre et finirent par le découvrir sous le lit d’Abra ou de Séprulla. Leur fureur était à son comble. Elles ne lui épargnèrent ni les injures ni les coups, et elles auraient sans doute poussé la vengeance aux excès les plus terribles s’il n’eût eu le bonheur de s’y soustraire en gagnant par la fuite le dehors de la maison.

Cette aventure scandaleuse souleva contre lui l’indignation générale. Il fut mis en jugement comme sacrilége, et, quoique son crime fût attesté par les dépositions les plus irrécusables, les juges, qu’il parvint à corrompre, le déclarèrent absous. César, appelé en témoignage dans le procès, ne voulut ni inculper ni disculper Pompeia qu’il s’était contenté de répudier. Il dit qu’il ne savait rien, attendu qu’un mari était toujours le moins instruit en pareil cas, et comme on lui demanda pourquoi il l’avait renvoyée, il ajouta que la femme de César ne devait pas même être l’objet d’un soupçon. Apophthegme passe en proverbe pour signifier qu’il ne suffit pas que la conduite d’une femme soit irréprochable, qu’il faut aussi qu’elle soit crue telle.

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