Il est permis de battre sa femme, mais il ne faut pas l’assommer

Il est permis de battre sa femme, mais il ne faut pas l’assommer.

Ce proverbe a été originairement une formule de droit coutumier. Plusieurs anciennes chartes de bourgeoisie autorisaient les maris, en certaines provinces, à battre leurs femmes, même jusqu’à effusion de sang, pourvu que ce ne fût point avec un fer émoulu et qu’il n’y eût point de membre fracluré. Les habitants de Villefranche, on Beaujolais, jouissaient de ce brutal privilége qui leur avait été concédé par  sire de Beaujeu, fondateur de leur ville. Quelques chroniques assurent que le motif d’une telle concession fut l’espérance qu’avait ce seigneur d’attirer un plus grand nombre d’habitants, espérance qui fut promptement réalisée.

On trouve dans l’art d’Aimer,: « Garde-toi de frapper  ta dame et de la battre. Songe que vous n’êtes point unis par le mariage, et que, si quelque chose en elle te déplaît, tu peux la quitter. »

La chronique bordelaise, année 1314, rapporte ce fait singulier : «A Bordeaux, un mari, accusé d’avoir tué sa femme, comparut devant les juges et dit pour toute défense : « Je suis bien fâché d’avoir tué ma femme ; mais c’est sa faute, car elle m’avait grandement irrité. » Les juges ne lui en demandèrent pas davantage, et ils le laissèrent se retirer tranquillement, parce que la loi, en pareil cas, n’exigeait du coupable qu’un témoignage de repentir. »

Un de ces vieux almanachs, qui indiquaient à nos aïeux les actions qu’ils devaient faire jour par jour, donne, en plusieurs endroits, l’avertissement que voici : « Bon battre sa femme en hui. »

Cette odieuse coutume, paraît avoir été fort répandue dane le treizième siècle ; mais elle remonte à une époque bien plus reculée. Le chapitre 151 des Lois anglo-normandes porte que le mari est tenu de châtier sa femme, comme un enfant si elle lui fait infidélité pour son voisin. Si deliquerit vicino suo tenetur eam castigare quasi puerum.

Mahomet permet aussi aux musulmans de battre leurs épouses lorsqu’elles manquent d’obéissance. (Koran, iv, 58.)

Un canon du concile tenu à Tolède, l’an 400, dit : « Si la femme d’un clerc a péché, le clerc peut la lier dans sa maison, la faire jeûner et la châtier, sans attenter à sa vie, et il ne doit pas manger avec elle jusqu’à ce qu’elle aitlait pénitence. »

N’auraient-ils pas été conduits, au contraire, par l’esprit de cette religion, où tout est douceur et charité, à proclamer le principe de la loi indienne du code de Manou. qui dit dans une formule pleine de délicatesse et de poésie : « Ne frappe pas une femme, eût-elle commis cent fautes, pas même avec une fleur. »

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