Ce ne sont pas les plus belles qui font les grandes passions.

Ce ne sont pas les plus belles qui font les grandes passions.

La raison de cette observation proverbiale est très bien développée dans ce passage de l’Essai sur le Goût, par Montesquieu : « II y a quelquefois dans les personnes ou dans les choses un charme invisible, une grâce naturelle qu’on n’a pu définir et qu’on a été forcé d’appeler le je ne sais quoi ; il me semble que c’est un effet naturellement fondé sur la surprise. Nous sommes touchés  de ce qu’une personne nous plaît plus qu’elle ne  nous a paru d’abord devoir nous plaire, et nous sommes agréablement surpris de ce qu’elle a su vaincre des défauts que les yeux nous montrent et que le cœur ne croit plus. Voilà pourquoi les femmes laides ont très-souvent des grâces et qu’il est rare que les belles en aient ; car une belle personne fait ordinairement le contraire de ce que nous avions attendu ; elle parvient à nous paraître  moins aimable; après nous avoir surpris en bien, elle nous surprend en mal ; mais l’impression du bien est ancienne et celle du mal est nouvelle. « Aussi les belles personnes font-elles rarement les grandes passions, presque toujours réservées à celles qui ont des grâces, c’est-à-dire des agréments que nous n’attendions pas et que nous n’avions pas sujet d’attendre. »

Ajoutons cette réflexion de la Bruyère : « Si une laide se fait aimer, ce ne peut être qu’ éperdument,  car il faut que ce soit par une étrange faiblesse de  son amant ou par de plus secrets et de plus invincibles charmes que ceux de la beauté. »

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